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Écrit par Maguelone   
10-06-2009

 

 

Il adorait Venise. L'aviron prenait une part de plus en plus grande dans sa vie. Pourquoi ne pas concilier ses deux amours? C'est comme ça qu'un jour froid de décembre 2008, Roger Schelstraete, rameur du club de Marne-Joinville, a pris le pari: il ferait la Vogalonga, cette régate mythique de la plus belle ville du monde. 35 kilomètres à travers la lagune et le grand canal, en passant par les îles Burano et Murano. Tous types de bateaux sont autorisés: gondoles bien sûr mais aussi kayaks, canoës, caorlines, mascaretes, sandolis, barques et... avirons. Une seule condition: voguer dans une embarcation à rames car la Vogalonga, lancée en 1975, est aussi un manifeste contre la multiplication des bateaux à moteurs à Venise.

 

Reste pour Roger à monter le projet, trouver un organisateur, convaincre des camarades de jeu, obtenir le prêt des bateaux. Au sein du club, l'idée fait mouche. Douze autres rameurs de Joinville s'engagent dans l'aventure. Inutile d'avoir un niveau de compétiteur. La moitié du groupe a d'ailleurs commencé en même temps que Roger, il y a deux ans à peine: Yvan, Muriel, Laurent, Frédéric, Maguelone. Les autres sont plus aguerris comme Pascal, Michèle, les deux Christine, Marie ou Sandra qui rame depuis l'université. Un seul a déjà de l'expérience sur la mer: Frédéric le niçois pour qui les vagues de la Méditerrannée n'ont plus de secrets. Mais nous sommes en décembre: il reste encore cinq mois pour s'entraîner. Les 13 rameurs s'atellent à la tâche: dîner préparatoire, mailing list, répartition des tâches, programmation de randonnées au long cours... Les sorties hebdomadaires de Joinville excèdent rarement les 14 kilomètres; il va falloir mettre les bouchées doubles pour tester l'endurance. Trois dimanches matins d'avril et mai, les "Italiens" pousseront jusqu'à Noisy-le-Grand pour s'évaluer sur 30 kilomètres.
Autre souci de l'équipée: comment arborer les couleurs du club? Flocage de tee-shirt avec un blason dessiné par Roger, commande de casquette siglées Marne-Joinville, achat de gilets de sauvetage... Roger (toujours lui!) investira même dans trois drapeaux tricolores qui porteront fièrement le nom du club à l'avant des bateaux.
Isabelle et Gilbert , les deux piliers de Marne-Joinville, encouragent le projet. Jamais (?) le club n'avait jusqu'à présent engagé ses propres embarcations dans l'épopée italienne, les amateurs s'adressant à d'autres structures pour participer aux éditions précédentes. Cette fois-ci, trois yolettes aux couleurs rouge et bleu partiront défier les flots adriatiques. La logistique est confiée à l'association OMY des Yvelines, chargée du transport des bateaux et des réservations de l'avion et des hôtels. Le 24 mai, les 3 yolettes sont chargées par les participants dans le camion à Mantes-la-Jolie. Le 29, nos aventuriers, certains accompagnées de proches, foulent enfin les pavés vénitiens. Le 30, première mise à l'eau, premières tensions aussi: la douce torpeur de la Marne a peu de choses à voir avec la fougue maritime de l'Adriatique...
Le 31, à 7h30, le trafic des Vaporetti est suspendu sur tout le parcours de la Régate. A  9 heures, le coup de canon retentit devant le palais ducal: au cri de "Per Venezia e per San Marco !", les rameurs vénitiens lèvent leurs rames pour saluer. C'est parti! Italiens, français, allemands, hongrois, espagnols, britanniques... Dans une euphorique anarchie, 1650 embarcations s'élancent vers l'est à l'unisson. Les fiers gondolieri, arc boutés sur leurs rames, arborent leurs couleurs chatoyantes. Quelques tambours résonnent en cadence sur les barques géantes. Les kayakistes, au ras de l'eau, tentent de se frayer un chemin. Ne pas heurter les concurrents relève de l'exploit. D'autant que la météo n'est pas des plus clémentes. La mer est agitée, le vent forcit, le tonnerre gronde... En dix-sept éditions, Jean-Marc Fage l'organisateur, n'avait "jamais connu de conditions aussi mauvaises". Aux remous des bateaux s'ajoute le tangage de la houle: 30 embarcations et 50 rameurs feront naufrage, "une hécatombe" selon la presse italienne du lendemain...

Et une raison de plus d'être fiers pour les rameurs de Joinville. Car pas un seul n'aura failli. Il y eut certes des frayeurs, lors des changements de poste périlleux, des acrobatiques pauses pipi, ou encore à l'entrée tumultueuse du Rio di Cannaregio. Mais nos Joinvillais sont vaillants: ils poussent, tirent, écopent inlassablement... Vers 13 heures, à l'issue de la lente remontée embouteillée du Grand canal, la pointe de la douane se profile. Un court passage au ponton de l'arrivée: peu importe le classement _ il n'y en a pas! _ chaque participant reçoit sa médaille et son "diploma di partecipazione". Ca y est!!! Ils ont réussi! Le rêve de Roger est devenu réalité. 

 

 
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